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Pas seulement contestataires

samedi 26 décembre 2009
par Antoine Souef

Qu’est-ce que l’altermondialisme ?
Dans l’écrit ci-dessous, Antoine Souef lève les zones d’ombres sur un mouvement très répandu mais souvent peu connu.

L’altermondialisme est souvent considéré comme un mouvement cantonné à la contestation du néolibéralisme capitaliste mondialisé. Or, au-delà de la critique de ce système, au-delà de la dénonciation de ses dérives dangereuses sur les plans social et environnemental, des analyses de ses mécanismes multiples qui lui permettent de s’imposer (endettement, multinationales, lobbys, paradis fiscaux et judiciaires,…), le mouvement altermondialiste développe des alternatives, proposent des systèmes d’organisation qui permettraient de satisfaire aux besoins du plus grand nombre. Est altermondialiste, toute personne qui refuse la marchandisation du monde et qui aspire à un autre monde dont la finalité serait le bien-être de tous les humains, en lieu et place de la course actuelle aux profits personnels et immédiats.

La société mondiale

« Chacun le sait ou le sent, la vie en société suppose un ensemble de valeurs, de services et de biens communs » [1]. Ainsi, à l’heure où les marchandises circulent sur toute la surface du globe à une vitesse et en des volumes inégalés, à l’heure où se développent des problèmes d’envergure planétaire (réchauffement climatique, épidémies, trafics criminels, etc.), il devient indispensable de définir un ensemble de valeurs, de services et de biens communs à l’humanité, c’est-à-dire à la société humaine du monde entier. Ces biens publics et biens communs mondiaux devront alors être produits, préservés et distribués de manière équitable entre les hommes.

Quels sont ces valeurs et ces biens ?

Concernant les valeurs communes essentielles, on peut se reposer par exemple sur la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, qui est reconnue par les 192 nations du monde, signifiant ainsi qu’elles se reconnaissent dans les valeurs de cette déclaration. Toutefois, pour assurer à chaque être humain la jouissance de ces droits, il est indispensable de développer à l’échelle mondiale des biens publics tels que la justice, la science, l’éducation, la santé ou la culture. Par ailleurs, les lois naturelles qui régissent le monde ne peuvent pas être négligées, car elles englobent et déterminent l’existence même de l’humanité. Climats, énergies, eau, écosystème, ces biens communs doivent êtres gérés de façon responsable afin d’assurer le maintien des conditions de vie des hommes.

Un bien commun dilapidé : les énergies fossiles

L’exemple des hydrocarbures et des énergies fossiles est assez éloquent pour comprendre la problématique des biens communs : la nature a secrété au cours d’un processus de transformation millénaire, une ressource incroyable d’énergie facilement exploitable grâce à la technologie humaine. Malheureusement, au lieu de l’exploiter rationnellement, les hommes ont dilapidé cette ressource en quelques décennies en un gaspillage démentiel et irresponsable, générant par la même occasion une pollution qui menace très sérieusement l’avenir de la planète et de l’humanité. Depuis 1950, la consommation d’énergie a été multipliée par 4 pendant que la population n’a augmenté que de 2,4%. Certains États et quelques sociétés privées se sont disputé ce cadeau irremplaçable des temps passés, livrant des pays à des guerres sanglantes (Irak, Congo, Angola, etc.) pour l’obtention de gisements usant de corruption à grande échelle, et enrichissant un certain nombre d’initiés de façon disproportionnée (comme l’a révélé entre autres l’affaire Elf). Le bilan est assez sévère : les ressources vont bientôt se tarir et le changement climatique est inévitable ! L’humanité aurait été bien plus avisée d’inscrire l’ensemble des énergies fossiles comme patrimoine commun de l’humanité et de le gérer comme tel. « L’idée de bien commun de l’humanité impose de ne pas sacrifier l’avenir pour alimenter le présent (surtout lorsque ce que l’on alimente au présent est le profit) » [2] Si l’on souhaite permettre à l’humanité de poursuivre son aventure dans un monde vivable et durable, il est indispensable et urgent de replacer l’humain au cœur de la mondialisation, et donc d’imposer des limites à la loi du marché qui s’impose aujourd’hui avant toute autre chose. Or, François Lille remarque très justement que « la planète vivante nous précède et nous englobe, elle ne peut être marchandise humaine, sauf à la détruire et nous avec ».

Penser global, agir local

Les biens communs et publics doivent donc être considérés de façon globale à l’échelle planétaire, mais la mise en œuvre des services publics assurant leur répartition doit être gérée localement, afin de s’adapter aux cultures et aux réalités du terrain. Ainsi, le développement des pays appauvris tels que le Burkina Faso nécessite avant toute chose la mise en place d’un service public efficace permettant d’assurer la santé, l’éducation et les moyens de subsistance à l’ensemble de la population. Ainsi seulement, les Burkinaè pourront jouir de leurs droits fondamentaux et, à terme, pourront se passer de l’aide extérieure afin d’établir des relations égalitaires avec les autres pays du monde. L’aide au développement a en effet ceci de critiquable qu’elle instaure une inégalité de fait entre les peuples, car la main qui donne est toujours au dessus de celle qui reçoit. Nous souhaitons donc un changement réel de la manière de concevoir le développement, ce que François Lille résume admirablement par la phrase suivante : « Le passage de l’idée de l’aide à celle des biens publics, c’est celui de l’humiliante et trompeuse assistance aux droits des peuples et des gens. L’une se quémande, les autres se revendiquent et s’exigent » [3]. A nous tous de construire cette revendication, ce à quoi nous oeuvrons lors de nos manifestations telles que le forum social du Burkina [4].

Définitions
« Dans les termes les plus simples et généralisables, on peut proposer trois définitions basiques :
- le bien commun, c’est ce qui appartient à tout le monde au présent et au futur.
- Le bien public, c’est ce à quoi tout le monde a droit, ici et maintenant.
- Le service public, c’est la manière dont doivent être gérés, produits et distribués ces biens communs et publics » [5].

Sites à visiter :
Manifeste pour la récupération des biens communs : http://bienscommuns.org
Forum social du Burkina : www.forumsocialburkina.info

Article paru dans"Le pays"

Pour le Forum social du Burkina, Antoine SOUEF

Notes

[1] « On peut changer le monde, à la recherche des biens publics mondiaux » François Lille, François Xavier Verschave, La découverte 2003

[2] « A l’aurore du siècle, où est l’espoir ? Biens communs et biens publics mondiaux » François Lille, Flibuste 2006

[3] Idem

[4] Le prochain forum social du Burkina se tiendra du 07 au 10 avril 2010 à Bobo Dioulasso autour du thème « Quelle agriculture pour le Burkina Faso à l’heure de la crise financière, alimentaire, énergétique et environnementale ». Plus d’informations sur www.forumsocialburkina.info

[5] Idem

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